Portrait · Photographie & Art Contemporain
Anaïs Armelle Guiraud, l’image comme acte
Photographe plasticienne basée en Occitanie, elle construit une œuvre exigeante et féministe où chaque mise en scène interroge le corps des femmes, ses contraintes et son histoire.
Il y a des artistes qui photographient le monde tel qu’il est. Anaïs Armelle Guiraud, elle, construit des mondes pour révéler ce que le réel préfère taire. Originaire de Frontignan, dans l’Hérault, elle grandit entourée d’images — enfant, elle s’empare déjà de l’appareil photo de son père. Ce rapport instinctif à l’objectif ne la quittera plus.
Après un bac littéraire option arts plastiques, elle intègre l’École supérieure des Beaux-Arts de Montpellier (ESBAMA), dont elle ressort diplômée en 2014, avec un travail entièrement consacré à la photographie. Les Beaux-Arts lui ont appris, selon ses propres mots, non pas la technique — qu’elle a maîtrisée seule — mais à construire un propos, à assumer et affirmer ce qu’elle fait.
« Je suis une femme artiste, porteuse de projets sociaux, culturels et féministes. »
— Anaïs Armelle Guiraud
Une esthétique picturale au service d’un propos
Son approche de la photographie est profondément picturale. Ses mises en scène, longuement préparées et finement ciselées, évoquent les peintres flamands ou néoclassiques. Loin du reportage et de la saisie de l’instant, chaque image est pensée, orchestrée, habitée — des personnages créés et mis en scène qui entraînent le spectateur dans un univers onirique où l’imaginaire interroge le réel.
Après son diplôme, une résidence au château Sabatier d’Espeyran, dans le Gard, ouvre le chapitre de sa vie d’artiste. Carte blanche, un lieu chargé d’histoire : elle en tire une première série, Les confineries, voyage de pièce en pièce révélant des personnages emprisonnés dans les secrets et les murs du château. Le ton est donné.
L’Institut Skolios — le corps contraint
Sa série la plus personnelle et la plus remarquée naît d’un souvenir d’enfance douloureux : le corset porté pour soigner une scoliose. En se documentant sur la bride bavarde — un instrument de torture du XVIe siècle conçu pour museler les femmes — elle comprend que son histoire intime rejoint une histoire collective. L’Institut Skolios est né de cette rencontre.
La série invente et met en scène des objets fictifs — le chapeau à sonnettes, le ravaleur de larmes, l’odalisque aux petits pains — qui contraignent, redressent, punissent le corps féminin. Chaque pièce est un objet fabriqué par l’artiste, photographié avec une précision d’orfèvre, ancré dans la réalité historique autant que dans l’imaginaire. La forme est belle. Le fond est implacable.
« Ce n’est pas si facile de s’exprimer dans les écoles d’art quand on est une fille et qu’on veut parler de sujets de femmes. On est souvent rabrouée. Pas moi — j’ai des choses à montrer et des questions à poser. »
— Anaïs Armelle Guiraud
Transmission et engagement
Au-delà de son propre travail, Anaïs Armelle Guiraud consacre une part de son temps à la médiation artistique. Elle anime des ateliers d’expression pour des enfants, adolescents et adultes dans des quartiers populaires de Montpellier, propose des visites d’expositions, travaille avec des matériaux inattendus — béton, tissu, sucre, dentifrice. Pour elle, l’art n’est pas un privilège réservé à quelques-uns.
Son travail a été exposé à Montpellier, à Arles, à Agadir, au Musée Fabre, à Balaruc-les-Bains et dans de nombreux lieux culturels d’Occitanie. Une voix affirmée, une œuvre cohérente — celle d’une artiste qui n’a jamais renoncé à ce qu’elle avait à dire.