Portrait · Peinture & Art Contemporain

Eva Klötgen, voyageuse entre le visible et l’invisible

Peintre pastelliste franco-allemande, elle construit une œuvre nourrie de philosophie, de poésie et de musique — une quête de l’essentiel qui traverse le visible pour atteindre ce qui échappe au regard.


Il y a dans la peinture d’Eva Klötgen quelque chose qui ne se saisit pas du premier coup d’œil — et c’est peut-être là son plus grand mérite. D’origine franco-allemande, elle passe son enfance dans la Sarthe, dans un milieu familial artistique, philosophique et littéraire, au cœur de l’aventure de la restauration d’un ancien prieuré du XIe siècle, devenu un lieu vivant de rencontres et d’échanges interculturels. Patrimoine, histoire et culture s’inscrivent dès l’enfance dans sa façon de voir le monde.

Après des études de philosophie à Paris, elle suit une formation en reliure d’art aux Arts Déco. C’est la pensée sur l’être de Heidegger qui l’a le plus marquée — une empreinte qui transparaît dans chacune de ses toiles, où l’existence, le mystère et l’évanescence des choses sont convoqués sans relâche. Autodidacte en peinture, elle montre son travail depuis le début des années 2000 et a reçu plusieurs distinctions, dont un premier prix de peinture à l’unanimité au Salon international d’Art Contemporain de Cannes.

« Saisir la beauté du monde, son mystère, son évanescence, sans se laisser enfermer par les diktats des écoles de prêt-à-penser et de prêt-à-peindre. J’ai toujours aimé voyager en toute liberté, entre le visible et l’invisible. »

Privilégiant les grands formats, sa peinture déborde de poésie, d’onirisme et de spiritualité. Le bleu domine dans sa palette chatoyante, où les couleurs se fondent, se juxtaposent et éclatent ensemble sur la toile dans une puissance expressive. Après une période consacrée à la peinture à l’huile, c’est le pastel sec en technique mixte sur des toiles de lin qui est devenu son médium de prédilection — techniquement un défi, mais dont la souplesse infinie et la gamme immédiate lui permettent un vaste jeu d’orchestration.

Son œuvre s’étend au-delà de la peinture, touchant au design textile, à la tapisserie, aux textiles muraux et aux vitraux — des disciplines qu’elle explore avec la même liberté, refusant toute frontière entre les formes d’expression. En 2007, elle suit une formation à la technique du vitrail, ajoutant une nouvelle dimension à une pratique déjà multiple.

Poésie, philosophie, théologie et musique sont ses chemins d’inspiration, à partir desquels elle orchestre dans sa peinture un cri fondamentalement existentiel. La musique, qu’elle écoute en peignant, scande le rythme de ses toiles. Ses références tutélaires — Odilon Redon, Kandinsky, Chagall — disent à elles seules l’exigence d’un art qui cherche à être entendu sans mots, de façon immanente.

Exposée dans les grands salons parisiens — Salon des Beaux-Arts au Réfectoire des Cordeliers, Salon Réalités Nouvelles — et dans des espaces dédiés à l’art contemporain en France comme à l’étranger, Eva Klötgen impose progressivement une voix singulière. Une voix qui n’a jamais renoncé à interroger, à dérouter — et à chercher, par la peinture, ce que les mots seuls ne peuvent pas dire.

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