Portrait · Peinture & Art Contemporain

Mary-Christine Jaladon, glaneuse du presque rien

Peintre plasticienne, elle construit depuis plus de trente ans une œuvre fondée sur la matière brute, la trace de l’eau et l’évanescence des choses.


Il existe des artistes dont le travail résiste à toute catégorie simple. Mary-Christine Jaladon est de ceux-là. Née en région parisienne en 1956, de formation universitaire, elle travaille d’abord dans la presse avant d’abandonner toute activité alimentaire pour se consacrer pleinement à la création. De nombreux voyages à travers le monde forgent sa personnalité d’artiste avide de découvertes. Elle expose régulièrement depuis 1989.

Son univers ne cherche pas à impressionner par la technique. Il touche par la vérité — une vérité qu’elle traque dans la matière elle-même, dans ce que l’eau fait au papier, dans ce que le temps laisse comme trace.

« L’espace du dedans dit l’indicible, l’évanescence des choses. Loin du tumulte du dehors se tisse le refuge de nos questions. »

Ce qui distingue Jaladon, c’est avant tout son rapport singulier au support. Pour les grands formats, le papier est son matériau de prédilection. Elle le soumet à l’action de l’eau, qui le creuse et le gonfle, lui conserve sa blancheur, et y inscrit des formes étranges flottant comme en apesanteur. Pour les petits formats, elle recourt au plexiglas, ce qui renforce l’aspect aérien de son travail.

D’une insatiable créativité, elle associe peinture, fusain et mine graphite à des matériaux inattendus : résine, tissu de verre, cire, poudre de marbre, vernis vitrificateurs. Sous l’effet des collages, des grattages et de l’eau qu’il absorbe, le papier respire, suggère des reliefs organiques, s’anime de creux et de bosses. Il devient chair ondulée, cabossée. La couleur jaillit alors — teintes éclatantes contrastant avec des taches plus sombres et des lignes graphiques.

Depuis plus d’une décennie, Jaladon consacre au papier son abstraction lyrique et construite, interrogeant la mémoire et l’imaginaire de chacun. Son travail est une invitation au voyage et à la contemplation — traces laissées par le ruissellement de l’eau, évoquant à la fois le minéral et l’aquatique. Est-ce un chemin ou un paysage ? La réponse est dans le souvenir de chacun.

Loin des projecteurs médiatiques, elle a choisi de laisser son œuvre parler pour elle. Cette discrétion n’est pas un retrait du monde, mais une concentration sur l’essentiel — un choix artistique en lui-même, qui confère à ses créations une profondeur rare. Ses œuvres ont été présentées en galerie dès 1993, et figurent aujourd’hui sur plusieurs plateformes dédiées à l’art contemporain.

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