Portrait · Peinture & Sculpture Contemporaine
QOPAT, alchimiste du presque rien
Peintre et sculpteur installé sur la Côte d’Azur, Michel Lizzani — alias QOPAT — transforme les matières les plus ordinaires en œuvres d’une légèreté et d’une noblesse inattendues. Une démarche humble, joyeuse, et profondément épicurienne.
Il faut d’abord comprendre le nom. QOPAT, c’est un acronyme — Quand On Passe A Table — et il dit tout d’une philosophie de vie autant que d’une façon de créer. Michel Lizzani, qui répond dans la vie civile à ce prénom discret, a choisi pour son alter ego artistique la métaphore du repas partagé : l’art comme festin, comme rencontre, comme plaisir des sens offert à tous. Ancien agent immobilier et marchand de biens, il a passé des années en contact direct avec les matériaux du bâtiment — colles, silicones, résines, isolants. C’est là, dans cet univers du chantier, que naît sa vision artistique.
L’idée est simple, presque paradoxale : prendre ce qui ne vaut rien, ce à quoi on n’accorde guère de valeur esthétique, et en faire émerger la noblesse. Dans son atelier, masque sur le visage et outils à la main, il se lance à l’assaut de la matière. De la simplicité des produits de série, il fait surgir l’unique.
« Ma peinture : avec l’énergie, je représente les couleurs et les forces qui s’associent, se juxtaposent, se mélangent — et j’observe la vibration qui s’en dégage. Je laisse le tableau prendre son équilibre. Quand celui-ci est atteint, la forme apparaît, le tableau est fini. »
— QOPAT
La peinture : pigments et matières du bâtiment
Ses toiles témoignent d’une recherche sur la surface autant que sur la couleur. En mêlant pigments, colles, silicones et résines, QOPAT obtient des œuvres dont chaque pièce possède son propre relief et sa propre texture — tantôt la transparence fascinante de l’émail, tantôt une douceur semblable au velours. Aucune intention figée, aucun système : il se réclame volontiers d’une citation de Gerhard Richter, n’obéissant à « aucune intention, aucun système, aucune tendance, sans programme, ni style, ni prétention ».
La sculpture : l’alchimie du polystyrène
C’est avec le polystyrène que QOPAT révèle peut-être sa plus grande originalité. Expansé ou extrudé, travaillé au chalumeau, au décapeur thermique ou au fer à souder, ce matériau de isolation et d’emballage se transforme sous la chaleur en une dentelle abstraite d’une légèreté stupéfiante. L’artiste maîtrise la puissance et la durée du feu, mais laisse aussi une part de déterminisme propre à la matière — cette part d’imprévu qui fait qu’une sculpture n’est jamais tout à fait celle qu’on avait imaginée.
Colorées en cinq teintes fondamentales — bleu de cobalt, jaune et rouge de cadmium, or ou argent — ses sculptures abstraites évoquent des formes architecturales, des fleurs marines, des cavernes. Protégées dans des écrins de plexiglas qui leur confèrent encore plus de profondeur, elles vont du format intime 20 x 20 cm jusqu’aux totems de grande hauteur. QOPAT a notamment imaginé les trophées COTE Invent 2018, consacrant une reconnaissance institutionnelle à sa maîtrise du matériau.
Filiations et rayonnement
Ses références sont claires : Alberto Burri et ses formes abstraites issues de toile de jute ou de plastique, l’Arte Povera et son langage universel par les matériaux bruts, l’École de Nice avec Niki de Saint Phalle et Arman. Une lignée d’artistes qui ont fait de la matière pauvre le socle d’une ambition haute. QOPAT s’inscrit dans cet héritage avec une légèreté assumée, exposant à la Galerie Inattendue Paul Conti à la Colle-sur-Loup, à la JP Art Galerie à Cannes, au SIAC à Marseille, et participant aux expositions collectives du Cercle des Artistes de Saint-Paul-de-Vence. Une œuvre qui se joue des catégories — toujours une histoire de rencontres, de partage.