Portrait · Peinture & Art Contemporain
Nicolas Coquema, des mots sur les maux
Peintre autodidacte originaire de Châteaurenard, il construit une œuvre dense, déchirée et gribouillée, à mi-chemin entre le mur urbain et le journal intime — une peinture qui dit la vie telle qu’elle est, imparfaite et jamais vraiment finie.
Nicolas Coquema a bien commencé par des études d’art. Puis, en l’an 2000, il a tout arrêté. Ce qu’il attendait humainement de ses rencontres et le besoin de se construire n’y étaient pas. Ce qu’on lui demandait de créer ne lui ressemblait pas. Il l’a reconnu avec lucidité et a tourné le dos à ce monde — sans intention d’y revenir.
C’est pourtant par la peinture qu’il est revenu à lui-même, mais autrement. Loin des écoles et de leurs injonctions, il a développé un langage qui n’appartient qu’à lui : brut, personnel, traversé de textes et de strates, comme un mur sur lequel la vie s’accumule. Éducateur dans un centre de soin en addictologie, il est chaque jour au contact de la souffrance des autres — il écoute les maux. La peinture, pour lui, est le chemin inverse : poser des mots sur la toile, entre confidence et prose, comme une décharge nécessaire.
« Au fond c’est égoïste — mes toiles parlent toutes de moi, de mon enfance, de mes souvenirs, de mes amours, de ce que je vis au quotidien dans mon métier. Elles sont comme moi et mes rencontres : désorganisées et pleines d’imperfections. »
— Nicolas Coquema
Like a wall — une toile qui ne finit jamais
Sa technique est aussi singulière que son propos. Il travaille à l’acrylique, au papier, à la bombe de peinture et au feutre. Ses dessins sont d’abord réalisés sur papier, collés sur la toile, puis déchirés, bombés, colorés. Les feutres lui permettent d’y inscrire les mots qui lui viennent — ses histoires, ses idées, ses questions. Le résultat n’est jamais propre, jamais terminé. Sous chaque toile achevée, il y en a sans doute une dizaine d’autres qui ont été effacées, recouvertes, arrachées.
Ses toiles sont denses, raturées, éraflées, imparfaites. Elles donnent au visiteur l’impression de se frayer un chemin tortueux dans le dédale des pensées de leur auteur. Grandes, imposantes, elles remettent en cause le réel — elles ne le décorent pas, elles l’interrogent. Dans ses grands formats où le collage se mêle à la peinture, l’œuvre figurative se pare de textes qui débordent, se superposent, se contredisent parfois.
« Les larmes et les cicatrices n’expriment pas la souffrance — mais bien plus la résistance, la résilience et l’histoire de chacun. La souffrance comme la mélancolie sont de beaux moments à mes yeux. »
— Nicolas Coquema
Une voix de la scène contemporaine provençale
Exposé au SIAC — Salon International de l’Art Contemporain à Marseille — puis dans des espaces alternatifs comme la galerie Luxury Lobsters à Marseille, à la Chapelle de l’Observance à Draguignan dans le cadre de l’Été Contemporain, ou encore en solo show pour l’inauguration du showroom d’Éloge de l’Art à Salon-de-Provence, Nicolas Coquema construit patiemment une présence sur la scène régionale. Une œuvre qui ne cherche pas à plaire — qui cherche à dire vrai.